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La bio, un luxe ? la lettre ouverte de la FNAB

En réponse à l'édude publiée par l'association "Familles Rurales" portant sur l'écart des prix entre les produits issus de l'agriculture conventionnelle et les produits biologiques, nous vous transmettons ci-dessous la lettre ouverte aux associations de consommateurs émise par la FNAB (Fédération Nationale d'Agriculture Biologique)

 
La bio, un luxe ?
 
Mesdames, Messieurs, Chers amis,
 
Dans le cadre légitime de vos missions associatives, certains d'entre vous publient plus ou moins régulièrement des "études" comparatives sur les prix de la bio au regard des produits alimentaires issus de l'agriculture conventionnelle. Toutes ces études pointent du doigt les écarts de prix jugés trop importants entre ces catégories de produits.
 
Dans un contexte de réforme de la représentation institutionnelle des associations de consommateurs en France, le résultat de telles études comparatives permet un bon retour sur investissement médiatique. La dernière « étude » publiée par Familles rurales, sans aucune concertation préalable et dans le cadre d'une méthode clairement contestable, en est un excellent exemple. Au jeu des idées reçues sur la bio, tout cela ne porterait pas à conséquence si les effets produits par ces "révélations" n'étaient pas contradictoires avec les intérêts mêmes des consommateurs, c'est-à-dire des citoyens.
De quoi parle-t-on quand on compare des prix sans autre forme d’analyse?
 
D’une logique de consommation qui ne devrait être dictée que par la recherche du plus bas prix, sans autre forme de réflexion sur ce qui se cache derrière un prix et/ou la valeur d’un produit. Comment comprendre alors le dynamisme du marché de la bio dans un contexte de crise économique et de baisse du pouvoir d'achat des ménages? Il y a un paradoxe que le point de vue consumériste ne saurait tolérer...
 
Les choses deviennent plus complexes pour le consommateur quand il voit les manifestations régulières de producteurs qui n'arrivent pas à vivre de leurs productions et distribuent dans la rue leurs fruits et légumes, ou déversent le lait dans le caniveau. Les choses deviennent encore plus complexes quand le consommateur-citoyen apprend que le gouvernement est régulièrement amené à "débloquer des aides" pour maintenir les revenus et les cours agricoles sur des fonds publics, c'est-à-dire directement sortis du porte-monnaie des contribuables.
 
Les choses deviennent plus intéressantes encore quand le consommateur-citoyen apprend, notamment grâce à certaines de vos données, que les distributeurs réalisent parfois des marges doubles sur les produits bio. Enfin, et surtout le consommateur-citoyen "éclairé" réalise que le mode de production de l'agriculture conventionnelle et/ou des importations des pays étrangers génèrent des externalités sociales et environnementales au final très coûteuses pour la société (pollution de sols, des eaux et de l'air ; destruction de main d'oeuvre et/ou dumping social; destruction de la biodiversité; remise en cause des cultures vivrières dans le Sud etc.…).
 
Producteurs bio, nous assumons une fonction sociale "d'association de consomm'acteurs"
Nous voulons lever le voile sur la valeur des produits agricoles sans opposer économie et environnement. Il y a un malaise sociétal dès lors que le citoyen doit être un consommateur de court terme et un citoyen de long terme. Des solutions structurelles existent pour changer les choses et cesser d'opposer les producteurs aux consommateurs. Nous nous sommes d'ailleurs retrouvés dans les propositions de certains d'entre vous comme de saisir l'observatoire des prix et des marges ou de travailler à une réorientation des aides européennes pour des productions biologiques génératrices de biens publics.
 
Nous sommes engagés dans des partenariats ou des débats avec les distributeurs spécialisés. Nous rencontrons actuellement les représentants de la grande distribution afin de valoriser des actions de structuration de filières longues. Enfin, depuis sa création en 1978, le réseau FNAB a toujours incité les paysans bio à se regrouper pour assurer une coresponsabilité de structuration de filière (production-transformation-distribution). Aujourd’hui, nous travaillons activement avec ces organisations économiques de producteurs bio, notamment de fruits et légumes, sur la construction des prix afin d’assurer une juste rémunération au producteur et garantir un juste prix au consommateur.
Elargies aux données des interprofessions, les études de prix peuvent être le point de départ d’un travail d’analyse, de mise en contexte.
 
Nous vous invitons à un travail collectif pour développer avec nous des solutions permettant un meilleur accès aux produits issus de l'agriculture biologique. Nous vous confirmons par ailleurs que les consommateurs de produits biologiques ne sont pas les 3% de nos concitoyens les plus riches.
 
Par Dominique Marion
Président de la FNAB
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