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Pesticides : gare à l’effet cocktail


Article extrait de la revue « Alternatives Economiques » n°316 de septembre 2012

 

Une nouvelle étude confirme la dangerosité des effets combinés des pesticides employés dans l’agriculture. Même à faible dose.

 

 

Ceux qui attendaient de l’alternance politique une mise en œuvre plus volontariste des objectifs du Grenelle de l’environnement définis sous la précédente présidence risquent d’en être pour leurs frais. Au chapitre de la santé humaine et de la biodiversité, le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a baissé la garde en déclarant le 24 juillet dernier que la France est dans « l’incapacité d’atteindre » l’objectif de réduire de 50 % l’usage des pesticides en 2018 par rapport à 2008. « Sauf à accélérer un processus dans des conditions et des mesures que je n’imagine pas aujourd’hui », a précisé le ministre, refusant notamment de suspendre les dérogations préfectorales accordées dans la région Aquitaine vis-a-vis de l’interdiction de l’épandage aérien de pesticides, si bien que cette pratique dénoncée par les militants et les élus écologistes se perpétue.

De fait, au rythme des progrès observés depuis 2008, la France risque de n’atteindre que la moitié de son objectif.

En 2011, les ventes de pesticides ont même progressé de 1,3% en volume (et de 5% en valeur), s’est félicitée cet été l’UIPP, l’union des industriels du secteur. Une étude de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) publiée en 2010 avait pourtant confirmé la faisabilité technico-économique du plan « Ecophyto 2018 », mais au prix notamment de sérieuses révisions des pratiques culturales (1).

Alzheimer et Parkinson

Cette débandade intervient à un moment où les toxicologues multiplient les alertes quant à la dangerosité des pesticides ingérés même à faible dose, dont les résidus se retrouvent inévitablement en bout de chaine alimentaire.

Selon un rapport de l’Agence européenne de sécurité des aliments, en 2009, 47,7 % des échantillons de fruits frais et à coque consommés en France et issus de l’agriculture conventionnelle présentaient des traces mesurables de pesticides, le seuil autorisé étant dépassé dans 2% des cas (2).

Or, les autorisations de mise sur le marché se fondent sur des études de toxicité portant sur les produits pris séparément alors que les agriculteurs associent l’usage de plusieurs pesticides… qui finissent dans le corps humain.

Ingérées à faible dose et isolément, ces substances sont, sur la base de tests en laboratoire, jugées non nocives par les autorités sanitaires. Mais combinées entre elles, elles peuvent former des cocktails redoutables. C’est la conclusion d’une récente étude réalisée par une équipe de l’université d’Aston, en Angleterre, à la demande des associations Générations futures et Antidote Europe (3).

Portant sur trois fongicides courants, cette étude montre que leur combinaison affecte les cellules du système nerveux humain, des types d’atteintes dont le rôle dans les maladies d’Alzheimer et de Parkinson est connu. Cet « effet cocktail » ne concerne pas que les pesticides, mais aussi l’ensemble des polluants chimiques utilisés dans l’agriculture et l’industrie (plastiques, cosmétiques…), que Reach, la réglementation européenne sur les substances toxiques, continue pourtant de traiter isolément.

(1)     « Ecophyto R&D. Quelles voies pour réduire l’usage des pesticides ? » Janvier 2010, disponible sur www.inra.fr/l_institut/etudes/ecophyto_r_d/ecophyto_r_d_resultats

(2)     « The 2009 European Union Report on Pesticides Residues in Food”, annexe III, p.369 (http://ec.europa.eu/food/plant/protection/pesticides/docs/2009_eu_report_ppesticides_residues_food_en.pdf

(3)     Voir le blog de generation futures: http://generations-futures.blogspot.fr

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