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Comment les pesticides nous empoisonnent

 L’enquête de ça m’intéresse n°407 de janvier 2015 Texte de Isabelle Verbaere (Extraits)

En 2013, une étude a détecté des dérivés chimiques d’insecticides dans plus de 90% des échantillons urinaires de la population.

 

Ils sont présents dans l’air, l’eau, les aliments, et même notre sang. Les effets de cette exposition à faibles doses mais quotidienne sur la population générale sont encore mal connus. Les agriculteurs, eux, paient le prix fort.

 

En 2013, une étude de l’institut de veille sanitaire en a détecté dans le sang et les urines de la population générale. Des dérivés chimiques communs à de nombreux insecticides organophosphorés ont été retrouvés dans plus de 90% des échantillons urinaires.

…« Nous sommes incapables à ce jour de dire si les niveaux d’imprégnation observés ont un effet délétère ou pas, prévient Agnès Lefranc. Il n’existe pas de données permettant de conclure avec certitude sur une corrélation entre des doses de pesticides retrouvés dans l’organisme et des problèmes de santé. D’autant que les pathologies susceptibles d’être provoquées par ces substances, comme Parkinson ou certains cancers, sont dues à des expositions très anciennes dont il ne reste plus aucune trace dans l’organisme »…

Enfin, les dosages de l’INVS montrent que l’alimentation reste une source majeure de contamination. Depuis 2008, un indicateur de risque est utilisé par les chercheurs pour estimer l’exposition réelle des consommateurs : l’AJE pour Apport Journalier Estimé. Il est calculé en croisant deux types de données : nos habitudes de consommations alimentaires avec les niveaux de contamination des aliments observés lors des contrôles.

 

Près de 3 753 000 résultats d’analyse de denrées d’origine végétale et animale et d’eaux du robinet – collectés en 2010 – 2011 – ont permis à l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) d’évaluer les risques alimentaires. Conclusion : parmi les 282 pesticides quantifiés au moins une fois dans les denrées et les boissons, 20 dépassent les valeurs limites de référence pour une partie de la population. En clair, les habitudes alimentaires de ces personnes les conduisent à en absorber trop. « Pour le diméthoate par exemple (insecticide utilisé sur les pommiers, les cerisiers, et les carottes), entre 0 et 2,2% de la population dépasse les doses journalières admissibles, selon les hypothèses considérées », expose Mathilde Merlo, chef de l’Observatoire des résidus de pesticides à l’Anses. « Cela a conduit l’Anses à demander d’intensifier les contrôles sur cette substance. »

 

Les fabricants de produits phytosanitaires représentés par l’Union des industries de la protection des plantes (UIPP) minimisent les conclusions de l’Inserm, arguant que « les molécules suspectées de lien avec des pathologies ont été retirées du marché depuis plusieurs années ». Un argument balayé par les chercheurs. « D’abord, plusieurs composés incriminés sont encore sur le marché, et  notamment certains insecticides organophosphorés », s’agace Ghislaine Bouvier.                                                                              

Et Laurence Gamet-Pavrastre, biologiste de l’Inra de Toulouse et coauteur de l’expertise Inserm, d’enfoncer le clou : « Les substances mises en cause ont été plus souvent étudiées que d’autres parce qu’elles ont été employées pendant des décennies et que l’on dispose de recul sur les expositions. Certes, les molécules récentes ont été soumises à des batteries de tests approfondis avant d’être commercialisées. Mais ces tests ne peuvent évaluer la toxicité à long terme et, surtout, l’impact sanitaire de l’addition de tous ces produits à laquelle la population est soumise. Certains ont des effets délétères en mélange, à des doses auxquelles, seuls, ils sont inoffensifs. »

C’est le fameux « effet cocktail », qui n’est pas mesuré lors des procédures d’homologations.

C’est d’autant plus inquiétant que dans ces mélanges se trouvent des pesticides interdits depuis des années. L’Agence régionale de santé (ARS) du Languedoc-Roussillon signalait, dans son dernier rapport annuel sur la qualité de l’eau potable, la présence de simazine et de terbuthylazine, deux molécules retirées du marché depuis dix ans…

La lutte contre les pesticides illégaux est l’une des priorités du plan Ecophyto, adopté à la suite du Grenelle de l’environnement, en 2008. Plus qu’optimiste, le gouvernement de l’époque prévoyait aussi de réduire de 50% l’usage des pesticides d’ici à 2018, en France. « La réussite de ce plan dépend largement de la bonne volonté des agriculteurs, des fabricants et des industriels, soulignait la mission commune d’information sur les impacts des pesticides, mise en place par le Sénat en 2012. Peu d’outils obligatoires ou coercitifs ont été mis en place. L’objectif de diviser par deux les quantités épandues en France ne sera pas atteint. Les tonnages ont même augmenté en 2011 pour enfin amorcer une baisse de 5.7 en 2012.

 

Six ans après son lancement, c’est un constat d’échec : ce recours aux pesticides a cru de plus de 10% entre 2009 et 2013.

 

Conclusion : Vive la bio.

 

 

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